6 min · Écrit par un patient Crohn · Relu par un gastroentérologue
3h du matin. Vous vous réveillez avec des crampes que vous reconnaissez. Ce n'est pas une indigestion. Ce n'est pas le stress de la semaine. C'est ça — et vous le savez avant même d'avoir allumé la lumière.
Une poussée de Crohn, c'est rarement une surprise totale. Les signaux sont souvent là quelques jours avant — une fatigue un peu plus lourde, des douleurs légères qui s'installent, un transit qui commence à dérailler. Le problème, c'est qu'on ne sait pas toujours quoi faire ensuite. Est-ce qu'on attend ? Est-ce qu'on prend quelque chose ? Est-ce qu'on appelle son gastro maintenant ou demain matin ?
Voici ce que vous devez faire, dans l'ordre.
Reconnaître une vraie poussée — et ne pas confondre avec autre chose
Toute aggravation n'est pas une poussée inflammatoire. C'est important, parce que la gestion n'est pas la même.
Ce qui ressemble à une poussée mais n'en est pas forcément une :
- Ballonnements et inconforts après un repas difficile
- Diarrhées liées à un stress ponctuel ou à une infection virale
- Symptômes fonctionnels résiduels en rémission — syndrome de l'intestin irritable post-inflammatoire
Les signaux qui évoquent une vraie poussée inflammatoire :
- Douleurs abdominales persistantes, différentes de vos douleurs habituelles
- Augmentation significative de la fréquence des selles sur plusieurs jours consécutifs
- Sang dans les selles
- Fièvre
- Fatigue intense, qualitativement différente de votre fatigue de fond habituelle
- Perte d'appétit marquée
Si vous avez plusieurs de ces signaux simultanément depuis plus de 48h, c'est probablement une poussée inflammatoire.
Étape 1 — Notez précisément ce qui se passe et depuis quand
Avant de faire quoi que ce soit d'autre, prenez 5 minutes pour noter — et consultez notre guide sur les gestes concrets pour soulager une crise de Crohn dans les premières heures pour les gestes immédiats :
- Date d'apparition des premiers symptômes
- Nature exacte : douleur (localisation, intensité sur 10), transit (fréquence, consistance, présence de sang), énergie (sur 10)
- Ce qui a pu précéder : stress inhabituel, changement alimentaire, infection récente, prise d'AINS
- Votre traitement actuel et la date de votre dernière prise ou perfusion
Ces informations sont la première chose que votre gastro va vous demander. Les avoir notées vous fait gagner un temps précieux — et évite les approximations qui peuvent conduire à une évaluation incorrecte de la sévérité.
Étape 2 — Évaluez la sévérité pour savoir quoi faire ensuite
Tableau d'évaluation de la sévérité
| Critère | Légère à modérée | Sévère | Urgences immédiates |
|---|---|---|---|
| Selles par jour | < 6 | > 6 avec sang | Absence totale >24h |
| Fièvre | < 38°C | > 38,5°C | > 39°C |
| Douleurs abdominales | Supportables | Intenses | Très intenses et soudaines |
| Alimentation / hydratation | Possible | Difficile | Impossible |
| Action recommandée | Appeler le gastro sous 24-48h | Contacter le gastro le jour même | Aller aux urgences |
Poussée légère à modérée — moins de 6 selles par jour, pas de fièvre au-dessus de 38°C, douleurs supportables, vous pouvez vous alimenter
→ Appelez votre gastro dans les 24–48h. Pas d'urgence immédiate.
Poussée sévère — plus de 6 selles par jour avec sang, fièvre au-dessus de 38,5°C, douleurs intenses, incapacité à s'alimenter ou à s'hydrater
→ Contactez votre gastro ou le service IBD de votre hôpital le jour même.
Signes qui nécessitent les urgences immédiatement :
- Douleur abdominale très intense et soudaine
- Vomissements répétés
- Fièvre au-dessus de 39°C
- Saignements importants
- Pas d'émission de gaz ni de selles depuis plus de 24h
Étape 3 — Ce que vous pouvez faire dans les premières heures
Pour les gestes immédiats de soulagement, consultez également notre guide complet sur comment soulager une crise de Crohn dans les premières heures — aliments, médicaments, positions et bouillotte.
Alimentation
Privilégiez les aliments à résidu faible : riz blanc bien cuit, pâtes nature, pommes de terre sans peau, carottes cuites, banane mûre, compote sans morceaux. Bouillon de légumes ou de poulet pour l'hydratation et les électrolytes.
Évitez pour quelques jours : les fibres dures, les épices, les corps gras en excès, les produits laitiers si vous y êtes sensible, l'alcool, le café.
Hydratation
Une poussée avec diarrhées fait perdre beaucoup d'eau et d'électrolytes. Buvez régulièrement, en petites quantités, tout au long de la journée. L'eau plate seule ne suffit pas si la diarrhée est fréquente : ajoutez du bouillon salé ou une solution de réhydratation orale.
Médicaments
Le phloroglucinol ou la trimébutine peuvent aider sur les spasmes douloureux. Pour la douleur, le paracétamol est votre seul allié.
Ce qui est formellement à éviter : les AINS (ibuprofène, kétoprofène, aspirine). Ils aggravent l'inflammation intestinale et peuvent déclencher ou prolonger une poussée IBD.
Repos
Forcer pendant une poussée ne fait pas passer les symptômes plus vite — ça les prolonge. Réduisez votre charge le temps que la situation se stabilise.
Étape 4 — Contacter son gastro avec les bonnes informations
Voici exactement ce que votre gastro va vous demander :
- Depuis combien de jours ?
- Combien de selles par jour — avec ou sans sang ?
- Fièvre ? Si oui, combien ?
- Vous avez pu manger et boire correctement aujourd'hui ?
- Votre traitement habituel et date de la dernière prise ou perfusion ?
- Avez-vous pris des AINS récemment ?
Étape 5 — Ne pas arrêter son traitement de fond pendant la poussée
C'est l'erreur la plus fréquente — et l'une des plus dangereuses. Quand on arrête brutalement un anti-TNF comme l'infliximab, l'organisme peut développer des anticorps anti-médicament qui neutralisent le traitement et rendent une reprise ultérieure inefficace — parfois définitivement.
N'arrêtez jamais votre traitement de fond sans en parler à votre médecin. Selon ameli.fr, l'arrêt brutal d'un traitement biologique peut avoir des conséquences irréversibles sur son efficacité.
Ce qui aide à prévenir la prochaine poussée
Les patients qui documentent leurs symptômes, leur alimentation et leur niveau de stress au quotidien identifient souvent des patterns précurseurs — quelques jours de signaux légers avant que la poussée s'emballe. Ces patterns permettent d'intervenir plus tôt, parfois d'éviter que l'épisode s'aggrave.
Les trois signaux précurseurs les plus fréquents : la fatigue anormale, les douleurs nocturnes légères, et les modifications du transit encore dans les limites du "supportable". Ensemble, sur 2 à 3 jours consécutifs, ils méritent attention.
Après la poussée : tirer les bonnes leçons
Quand vous êtes de l'autre côté, prenez le temps de noter : combien de jours a duré la poussée, quels symptômes ont été les plus intenses, ce qui vous a aidé à vous stabiliser — et surtout, ce qui se passait dans les 5 à 7 jours qui ont précédé.
Questions fréquentes
- Combien de temps dure une poussée de Crohn en moyenne ?
- Ça varie selon la sévérité, le traitement en place et la rapidité de prise en charge. Une poussée légère bien gérée peut se résoudre en quelques jours à 2 semaines. Une poussée modérée à sévère peut durer plusieurs semaines. Ce qui influence le plus la durée, c'est la rapidité à laquelle vous contactez votre médecin.
- Peut-on gérer une poussée légère à la maison sans consulter ?
- Une poussée vraiment légère peut parfois être stabilisée quelques jours avec des mesures diététiques et du repos. Mais 48–72h maximum. Si les symptômes ne s'améliorent pas ou s'aggravent, consultez.
- Faut-il aller aux urgences pour une poussée de Crohn ?
- Pas systématiquement — mais certains signes l'imposent : fièvre élevée, douleurs très intenses, saignements importants, impossibilité de s'hydrater. Pour tout le reste, votre gastro ou le service IBD de votre hôpital sont les bons interlocuteurs.
- Une poussée signifie-t-elle que mon traitement ne fonctionne plus ?
- Pas nécessairement. Si les poussées surviennent de façon répétée à la même période du cycle, c'est un signal de perte d'efficacité. Si elles arrivent à n'importe quel moment et semblent déclenchées par des facteurs extérieurs identifiables, le traitement est souvent encore efficace. Votre gastro tranche.